Humeur de la semaine : La pertinence de la presse jeu-vidéo française

Depuis l’affaire du Doritos Gate, on a vu pulluler de multiples articles et débats sur la presse jeu-vidéo. Et j’ai comme le sentiment que l’on passe à côté de l’essentiel pour ce concentrer sur des détails ou des situations particulières, en oubliant ce qui est réellement important. La cabale lancée à l’encontre d’un certain ménestrel, injuste et particulièrement méprisante à son égard ainsi qu’à l’égard de sa rédaction (même si je vous l’accorde, il n’a pas très bien géré sa communication), m’a poussé à m’intéresser de plus près à ce sujet.

J’ai donc décidé de me lancer dans l’écriture d’une diatribe sur les incohérences de ce débat, afin de pouvoir se recentrer sur le sujet qui nous intéresse : la presse jeu-vidéo française est-elle pertinente?

Je ne m’attarderai pas sur les petites phrases mesquines, relevant plus du « trollage » et du « donnage » de leçons en règle, que d’une véritable argumentation, et qui ne font que polluer ce débat. Indépendance, objectivité, transparence et conflits d’intérêt : autant de questions auquel il faut essayer d’apporter des réponses concrètes.

 

L’indépendance des rédactions, une question complexe

L’un des principaux problèmes de la presse jeu-vidéo sur internet concerne sa source de financement (nous laissons de côté la presse papier qui est malheureusement moribonde). Dans la configuration actuelle, l’essentiel des revenus des sites d’information de jeu-vidéo sont tirés des recettes publicitaires. De ce fait, une majorité des revenus publicitaires provient des constructeurs et/ou éditeurs de jeu-vidéo. Si quelques sites proposent un abonnement premium à leurs membres, cette forme de financement ne permet généralement pas de couvrir plus du quart des dépenses. Même si certains exemples comme Médiapart, @si ou encore Canard PC montrent qu’il est possible de fonctionner exclusivement sur un système d’abonnement, ce genre de pratique reste marginale tant il est difficile de recruter des abonnés à l’heure du tout gratuit.

Ainsi, en prenant quelques raccourcis, les éditeurs et constructeurs sont les premiers financeurs des sites d’information jeu-vidéo. Pour autant, l’indépendance de la rédaction est-elle nécessairement compromise? Je ne le pense pas. Mais dépendre financièrement en majorité du bon vouloir des éditeurs est relativement risqué, surtout si un papier ne leur plaît pas. Le robinet peut donc être coupé à tout moment et mettre en grande difficulté la rédaction. Dans tous les cas, les liens entre la presse jeu-vidéo et les éditeurs/constructeurs font qu’il est impossible de dire qu’une rédaction est totalement indépendante. D’autant que pour décrocher des exclusivités, il faut maintenir des relations amicales avec les éditeurs et éviter toute forme de conflits. Mais tout ceci fait parti du jeu et c’est au rédacteur en chef de jouer ce rôle d’équilibriste.

 

L’Objectivité, libre choix éditorial

Il est souvent reproché à tel ou tel site de ne pas être objectif vis à vis d’un sujet. Mais est-ce vraiment problématique? Avant d’aller plus loin, arrêtons nous un instant sur la notion de testeur de jeux-vidéo, mot usuel que l’on utilise pour désigner la personne chargée de tester un jeu selon des critères pré-définis, afin de lui attribuer une note. Selon cette définition, le jeu-vidéo serait donc un produit lambda notable uniquement sur un aspect technique. Hors, le jeu-vidéo est bien plus que cela, c’est un oeuvre artistiques qui a une véritable portée émotionnelle. De ce fait, on ne devrait pas parler de testeur de jeu-vidéo, mais de critique de jeu-vidéo.

Cette différence sémantique peut paraître inutile, mais elle est pourtant fondamentale. Prenons un exemple rapide : on parlera de test lorsqu’une rédaction réalise par exemple l’essai d’un composant informatique, mais il est impossible d’utiliser ce terme en matière cinématographique : on ne dit pas un testeur cinéma mais bien un critique cinéma. Et à partir du moment où l’on considère que le jeu-vidéo est un art et non plus uniquement une technique, les émotions que va provoquer le jeu chez notre critique jeu-vidéo rentre en compte. Et il est alors difficile pour lui de rester purement objectif. Ainsi, une oeuvre qui n’aurait aucun sens pour l’un pourra très bien soulever de nombreuses émotions chez l’autre. Aussi, reprocher à un rédacteur de manquer d’objectivité n’est pas du tout pertinent en soi, bien au contraire.

 

La transparence, une obligation morale

L’affaire dite du Doritos gate a mis en lumière un certains nombre de pratiques courantes dans le monde de la presse anglaise du jeu-vidéo. Même si ces pratiques sont extrêmes outre manche, la presse française n’est pas épargnée pour autant. Mais ce qui touche la presse jeux-vidéo touche toute la presse spécialisée et je trouve insupportable de taper systématiquement sur les mêmes. Plusieurs médias se sont donc emparés du sujet pour faire le point sur ces pratiques et les dénoncer. Je regrette juste que ces enquêtes se soient concentrées uniquement sur le monde du jeu-vidéo sans s’intéresser aux pratiques de l’ensemble de la presse spécialisée. En effet, les « ménages » sont monnaie courante dans la presse du cinéma, du sport, de l’automobile, de la chasse, de la pèche et j’en passe. Pour autant, l’activité secondaire d’un membre d’une rédaction (résident ou pigiste) influe-t-elle nécessairement sur la ligne éditoriale de son média? Il est capital que l’intéressé communique clairement sur ses activités afin qu’il y ai une totale transparence, mais c’est surtout au rédacteur en chef de s’organiser pour qu’il n’y ai pas collusion. En effet, le risque majeur dans ce genre de situation est le conflit d’intérêt.

 

Le conflit d’intérêt, risque majeur pour la presse

C’est cette notion qui est fondamentale lorsqu’on parle de la pertinence de la presse. Elle prévaut sur toutes les autres. Il y a conflit d’intérêt lorsque dans une situation donnée, un individu ou une organisation est impliquée dans de multiples intérêts, l’un d’eux pouvant corrompre la motivation à agir sur les autres. Et c’est sur ce point précis que les critiques doivent se concentrer. En effet, critiquer les choix éditoriaux d’une rédaction n’a aucun sens et n’apporte rien au débat. En revanche, dénoncer les conflits d’intérêt est primordial. Peut-on penser qu’il existe des situations dans lesquelles il y a notoirement conflit d’intérêt dans la presse jeu-vidéo française? A mon sens : non. Si certains cas méritent de soulever quelques questions, il n’y a pour le moment pas eu de cas extrêmes comme avec l’affaire du Doritos gate à déplorer en France.

 

Conclusion

Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir compter, sur la toile, de nombreux sites internet professionnels traitant du jeux-vidéo. L’important est que chacun trouve son compte parmi le florilège de sites d’information dédiés ou même de blogueurs (incluant les YouTubers). La chose primordiale en matière de médias est d’avoir le choix, le vrai danger étant la pensée unique. Et en cela, il est évident qu’aujourd’hui, l’offre en la matière est suffisante, et permet de faire la part des choses. S’il est difficile de remettre en cause les choix éditoriaux des rédactions, chacun faisant comme il l’entend, il reste encore un point complexe à régler : la source de financement. C’est à cette question que devront réfléchir les rédactions à l’avenir, et ceci afin de maintenir cette diversité éditoriale.

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